Cette année, Natexpo inaugure une nouvelle série de contenus. Son objectif : donner la parole à des experts du secteur bio, des professionnels qui observent l’évolution du marché depuis de nombreuses années et qui ont des insights précieux à partager.

Pour inaugurer cette série, nous recevons Pascale Brousse, fondatrice de Trend Sourcing.

Pascale Brousse, vous êtes une référence en matière de tendances et d’innovations dans le domaine du naturel et de la bio. Quel est votre parcours en quelques mots ?

Après être restée 9 ans chez Biotherm (l’Oréal) à des postes de commerciale, coordinatrice de zones Asie/Amérique du Nord et de veille stratégique, j’ai fondé l’agence Trend Sourcing en 2000. Depuis 26 ans, j’accompagne les marques et les entreprises de la beauté, de l’alimentaire et du spa en vision prospective et en développement stratégique.

Pascale Brousse 

Après plusieurs années de tension, le marché bio montre des signes de reprise. Comment interprétez-vous ce nouvel élan ?

En effet, le marché bio a renoué avec une dynamique positive au premier semestre 2025, affichant une croissance globale des ventes de +4,1 % tous circuits confondus. Ce chiffre marque une rupture nette avec la stagnation des années précédentes (Source: Agence Bio – Rapport Marché Bio 1er Semestre 2025).


Je vois différents facteurs expliquant cet élan :

  • L’offre des magasins spécialisés et de la GMS s’est resserrée, leur nombre a baissé (Plusieurs centaines de magasins ont fermé en 2023-24). Parmi les magasins spécialisés qui sont restés et les nouveaux (ce circuit est la locomotive de cette reprise, +5,5%), plusieurs enseignes ont affirmé une dynamique en affinant leur offre de produits, aux prix plus compétitifs, pour encore mieux correspondre aux besoins des consommateurs, notamment des jeunes générations. Par exemple, le rayon des boissons lactées végétales, du sans-alcool, des bières et des apéritifs s’est considérablement développé, avec une offre attractive, savoureuse, différenciante, y compris au niveau local. 
  • Par ailleurs, les consommateurs sont mieux informés entre bio local et venant de serres chauffées, de l’importance de consommer des fruits et légumes de saison, etc. Les Millennials et Gen Z restent attentifs à la transparence et à la durabilité affichée sur les produits (D’où l’importance d’avoir des labels solides en bio et un étiquetage clair).
  • Le bio est passé dans les mœurs : on croise toutes les générations en magasin et il y a une augmentation des moins de 35 ans, dont des couples, depuis cinq ans. J’y vois une prise de conscience accrue des enjeux environnementaux et de santé, l’importance de prendre soin de celle-ci, d’éviter les cancers arrivant de plus en plus tôt et autres maladies dûes en bonne partie aux produits ultra-transformés, pesticides, perturbateurs endocriniens dans l’agriculture conventionnelle (Les polluants sont certes partout, l’exposome est à considérer cependant ce que nous ingérons est en ligne directe avec notre santé, y compris l’eau). Ils viennent altérer notre microbiote et engendrer tout une cascade de conséquences de santé et de mal-être (dépression, obésité, diabète…Cf. articles parus dans The Lancet, Le Monde et autres sources).

Rappelons qu’il y a une forte préoccupation santé des citoyens et des inquiétudes autour du glyphosate, des pfas et des pesticides en général, amplifiées par la loi Duplomb, promulguée en août dernier.

Selon vous, à quoi ressemble aujourd’hui le produit bio « idéal » pour les consommateurs ?

Ce serait un produit sain ayant une recette au goût intense, innovant, montrant des preuves de ses engagements (en local, biodiversité, respect animal…), avec un emballage pratique et écologique.  

⁠Quelles grandes tendances et innovations vont marquer le marché de la bio en 2026 ?

Je n’en citerai que quelques-unes car il y en aura beaucoup et c’est une bonne nouvelle pour le marché bio !

  • Les deux grandes tendances qui accélèrent et concentrent les innovations, ce sont la recherche d’aliments protéinés et la quête de longévité (en cosmétiques également, pour cette dernière), via les produits fonctionnels et riches en nutriments. La trend chez les jeunes actifs est forte à ce sujet et même toute génération confondue. Autrefois ciblant les sportifs (pour les aliments protéinés), cela touche maintenant tous les consommateurs en recherche d’une alimentation plus saine et donc avec des alternatives végétales à la viande et au poisson. Des recettes riches en protéines et faibles en sucres. Grâce aux nouvelles technologies de fermentation de précision et de l’agriculture cellulaire, nous aurons des produits avec de nouvelles sources de protéines.

Aux Etats-Unis, Danone se prépare au grand boom des protéines face au succès des GLP-1(médicaments anti-obésité). “Aux États-Unis et en Europe, le groupe étend sa zone d’influence grâce aux produits hyperprotéinés (Après l’énorme succès des yaourts à la grecque, que l’on trouve déclinés avec du soja et en bio!) . Ses dernières innovations et l’acquisition de Kate Farms illustrent sa volonté de combiner nutrition fonctionnelle et alimentation quotidienne. Leur centre de R&I sur les protéines, inauguré en 2017, compte 114 chercheurs. ” (Source: LSA). 

Notre population vieillit et veut rester en excellente santé longtemps. Nous aurons des aliments revendiquant une amélioration du microbiote intestinal, via des snacks multifonctionnels qui combinent hydratation, énergie et santé intestinale, des aliments riches en fibres et en prébiotiques, grâce à l’inuline d’agave par exemple (aussi en boissons).

  • La tendance de la “Wellness Food”, des produits bons pour le corps et le mental est toujours forte : boissons avec des ingrédients adaptogènes et notamment celles proposant des alternatives au café pour se réveiller autrement, produits issus de la fermentation (kombucha premium, ginger beer, bières de divers céréales ou twistées avec du café, des ingrédients surprenants), toujours des shots de gingembre/curcuma, des vinaigres artisanaux réinventés : infusés avec fruits, épices, saveurs exotiques, des desserts lactés créatifs, etc.

  • Manger, c’est avant tout se faire plaisir et de façon conviviale : le plaisir et les expériences culinaires restent un driver central d’achat. Place en 2026 à encore plus de produits créatifs, gourmands, audacieux ! Via des snacks, des condiments pimentés, influencés par les cuisines du monde (Mexique, Asie du sud-est…), des saveurs sucrées-salées, des produits contrastés/texturés’ (croustillant, croquant, coeur fondant…) et sympas à partager aussi sur les réseaux sociaux ! (packagings « instagrammables » aux couleurs vives, recettes premium).

 

  • Enfin, le bio de 2026 va de plus en plus se combiner à des promesses « régénératives » : stockage du carbone, préservation de la biodiversité, gestion de l’eau, indicateurs de résilience climatique. Les marques et les enseignes vont pousser des narratifs plus systémiques, où le bio n’est pas une fin en soi mais un levier dans une trajectoire plus large de transformation agricole.
    Dans notre étude ‘Climate Care’, nous avons interrogé des experts pour mieux analyser les impacts des aléas climatiques, que ce soit sur l’agriculture ou sur notre santé et bien-être. Des solutions existent, en lien notamment avec l’agriculture régénératrice, mais aussi avec les green techs et biotechs. C’est une des nouvelles directions, des nouvelles promesses de la bio.

⁠Pour finir, un talent caché ou une passion méconnue à partager avec nous ?

Mon talent caché que je mets maintenant au grand jour est mon rôle de Coach en décisions de vie et mes soins en tant qu’Energéticienne/ Magnétiseuse.

Cela peut se faire séparément (que du coaching par ex) mais j’ai développé un protocole inédit qui relie justement coaching et soin énergétique.
C’est une approche holistique, sensible et alignée, qui agit à la fois sur le corps, l’esprit et l’émotionnel. On en ressort rechargé, paisible et avec un esprit plus clair 😊

Merci Pascale Brousse !