Cette année, Natexpo inaugure une nouvelle série de contenus. Son objectif : donner la parole à des experts du secteur bio, des professionnels qui observent l’évolution du marché depuis de nombreuses années et qui ont des insights précieux à partager.

Ce mois-ci, nous recevons Julien Picq, Chargé de Mission Restauration Hors Domicile à l’Agence BIO.

Julien Picq, vous êtes en charge de la restauration hors domicile à l’Agence BIO. Quel est votre parcours en quelques mots ?

Une sensibilité à l’agro-écologie et un engagement fort et constant au développement et la promotion de l’agriculture biologique et de l’alimentation durable et la relocalisation de filières biologiques. J’ai travaillé plusieurs années au développement des activités de producteurs bio en circuit court, en supermarché coopératif, et travaillé au financement de programmes de stations d’expérimentation en Fruits et Légumes, notamment pour la mise en place de nouveaux itinéraires techniques en agriculture biologique.

Après plusieurs années de tension, le marché bio montre des signes de reprise. Comment interprétez-vous ce nouvel élan ?

Le marché a fortement cru dans les années 2010 pour passer un nouveau palier, celui d’entrer dans les mètres linéaires de la grande distribution avec une phase de conversion de producteurs conventionnels et l’installation de nouveaux producteurs plus importantes en agriculture biologique, et fournir ce nouveau débouché. Les politiques publiques ont permis d’accompagner cette transition notamment grâce à l’aide au maintien en agriculture biologique, qui venait s’ajouter aux 3 ans d’aides à la conversion. Nous avons connu en 2022 et 2023 une chute d’activité avec une perte de 110 000 ha en deux ans et fort ralentissement de nouvelles fermes bio. La reprise actuelle reste fragile et s’explique en partie par le dynamisme constants des circuits courts en vente directe et du commerce de proximité ainsi que le repositionnement tarifaire des magasins spécialisés.

Comment se traduit cet élan en restauration hors domicile ? 

Avec la loi EGALIM de 2018, l’achat de produits bio en restauration collective a été stimulé et a permis notamment aux filières bio de résister à la période inflationniste des années 2022 et 2023 alors que la GMS entamait une dynamique de déréférencement de produits. Cependant l’objectif de 20% de bio en restauration collective est encore loin d’être atteint puisque nous évaluons ce taux à moins de 5,2%. En restauration commerciale, la place du bio reste embryonnaire et dominée par le vin bio. Alors que 35% des dépenses alimentaires (note de conjoncture FCD 2026) sont réalisées en RHD, ce chiffre n’est que de 8% pour le marché des produits bio. Les marges de main d’œuvre sont importantes. Le vignoble bio français France est tout de même le leader mondial en surface.

⁠Le programme européen « Cuisinons Plus Bio« , lancé en 2023, encourage les restaurateurs à intégrer plus de bio à leur carte. Quels en sont les premiers résultats ?

La réussite est d’avoir soudé une équipe dédiée au sein de l’Agence BIO avec Laura Faujour qui coordonne le programme et Juliette Vovan qui consolide la qualité des actions et des interventions au sein du pôle communication de l’Agence BIO. C’est également d’avoir constitué une équipe de chef.fes engagés dans la transition alimentaire durable et d’avoir réussi à mettre en place des partenariats solides avec des acteurs éloignés de notre écosystème. Le travail autour de la formation initiale en lien avec le Ministère de l’Education nationale et les différentes familles professionnelles et le succès que rencontrent nos interventions dans les écoles professionnelles est un motif d’encouragement. Les ventes augmentent, mais pas aussi vite que nous le souhaiterions. L’Agence BIO c’est un peu de moyen mais beaucoup de volonté.

⁠Pour finir, un talent caché ou une passion méconnue à partager avec nous ?

Je n’ai rien à cacher même le talent si quelqu’un m’en trouve un morceau. J’aimerais juste à voir plus de temps à consacrer au travail de la terre, c’est un terrain de jeu tellement fascinant et relaxant, humus humain c’est la même racine.

Merci Julien Picq !