Derrière chaque produit bio, il y a des choix, des convictions et des habitudes qui se construisent au fil des années. C’est ce que nous vous proposons de découvrir avec « Histoires de bio », une nouvelle série dédiée à celles et ceux qui font vivre la bio au quotidien : consommateurs, producteurs, commerçants, acteurs de la filière.
Pour ce premier rendez-vous, nous avons rencontré Hélène, qui consomme bio depuis une vingtaine d’années. Elle nous raconte l’évolution des rayons, ses critères d’achat, ses astuces pour manger bio sans se ruiner et les idées reçues qu’elle aimerait voir disparaître.
Un regard de terrain, précieux pour comprendre ce qui motive aujourd’hui les consommateurs de bio.

Bonjour Hélène, vous êtes une fidèle consommatrice de bio depuis de nombreuses années. Depuis combien de temps la bio fait-elle partie de votre quotidien ? Comment avez-vous vu la bio évoluer ?
Une vingtaine d’années, environ. J’en consommais un peu moins au début, mais cela fait à peu près vingt ans. J’ai vu le bio évoluer depuis.
Je trouve que c’est devenu plus facile, déjà parce qu’il y a davantage de boutiques. Avant, il y avait La Vie Claire et quelques grandes marques qui faisaient du bio. Aujourd’hui, dans ma rue, il y a pas mal de petits commerces qui proposent des produits bio différents. Avant, on savait que telle boutique en vendait, et comme il n’y en avait pas ailleurs dans la ville, on y allait. Aujourd’hui, on trouve assez facilement des boutiques spécialisées, mais aussi quelques produits bio dans des commerces qui ne le sont pas.
En revanche, dans les grandes enseignes comme Carrefour (où je vais parfois), le bio était mieux représenté il y a quelques années. Aujourd’hui, les rayons bio sont souvent moins remplis. Je ne sais pas s’ils ont été réduits ou réaménagés, mais le bio est de plus en plus mélangé aux autres produits, par exemple aux produits laitiers. On en trouve encore chez Carrefour, mais c’est à nous d’aller le chercher parmi les rayons traditionnels.
Il y a dix ans, il y avait beaucoup moins de boutiques bio qu’aujourd’hui. Tiennent-elles toutes ? Je ne sais pas. Mais pour moi, c’est plus facile d’en trouver.
Justement, y a-t-il des produits que vous achetez aujourd’hui en bio et que vous n’auriez pas imaginé trouver il y a quelques années ?
Ce qui m’a le plus marquée, ce sont tous les nouveaux produits protéinés que l’on trouve aujourd’hui. Avant, il n’y en avait pratiquement pas. Au début, on trouvait du tofu et quelques produits de ce genre, mais aujourd’hui, il y a les galettes et tous ces produits à base végétale, notamment pour les végétariens. Je les ai vus arriver, alors qu’on n’en voyait quasiment pas auparavant. Les nouvelles marques se sont aussi multipliées, et tout cela a évolué de plus en plus vite. Pour le jambon et la charcuterie, j’ai toujours acheté bio, et même la viande.
Il y a aussi la cuisine du monde, la cuisine asiatique notamment, qui était peut-être moins présente avant. J’achète maintenant ma sauce soja en bio, alors qu’on n’en trouvait pas du tout. J’ai été étonnée, en allant dans le rayon asiatique, d’y trouver des produits bio.
Finalement, on trouve absolument tout en bio aujourd’hui, si on veut.
Comment choisissez-vous vos produits bio aujourd’hui : composition, origine, saisonnalité, goût, engagements de la marque… ?
Pour les légumes, je préfère le bio. Au marché que je fréquente, je sais que certains commerçants proposent du bio de proximité. C’est ce qu’il y a de mieux, je trouve cela idéal.
Je ne cherche pas du bio qui vient de l’autre bout de la planète : pour moi, ce n’est plus vraiment du bio, puisque cela pèse sur l’environnement. Pour les légumes, mon critère, c’est d’avoir du bio le plus près possible de chez moi, qui n’a pas eu à subir tout ce transport avant d’arriver dans mon assiette. C’est un critère important. Je préfère m’en passer plutôt que d’acheter, par exemple, un avocat bio qui vient je ne sais d’où.
Pour les produits laitiers, je trouve à peu près tout en bio de France : le lait, les œufs, le beurre. Quand j’en achète, je sais que ça n’a pas fait le tour de la Terre. Le critère le plus important reste que le produit vienne de près.
Quels sont les produits bio dont vous ne pourriez plus vous passer ?
La base de mon alimentation : le beurre, l’huile, les œufs, les fruits, légumes, les produits de base, je les achète bio. Pour le reste, il m’arrive de faire des écarts, évidemment.
Quand j’achète des fruits dans le quartier, des poires par exemple, et qu’ils ne sont pas bio, je fais quand même attention à leur provenance. Les myrtilles bio, par exemple, coûtent parfois le double des autres. Je trouve une grosse différence de prix entre le bio et le non-bio pour les framboises comme pour les myrtilles. Les bananes, en revanche, j’en achète tout le temps en bio, et j’en mange beaucoup : là, la différence est minime.
Je me méfie aussi de certains produits que je sais très traités. C’est le cas des poivrons rouges, que je mange beaucoup : il faut les prendre bio.
Que diriez-vous à ceux qui pensent que manger bio coûte forcément plus cher ?
C’est une idée reçue que je trouve parfois injustifiée. Par exemple, les légumes bio que j’achète me reviennent moins cher que ceux de chez Grand Frais. Pourtant, ils sont bio ! La différence, c’est qu’ils ne sont pas toujours ni nettoyés ni calibrés. Personnellement, cela ne me dérange pas d’avoir des carottes de tailles différentes, même encore pleines de terre. Je préfère les nettoyer moi-même !
Il est vrai que certains autres produits bio restent plus chers, mais ce n’est pas systématique. Les bananes bio, par exemple, ne coûtent pas nécessairement plus cher que les bananes conventionnelles. Pourtant, beaucoup de consommateurs ont encore le réflexe de penser que manger bio coûte forcément plus cher.
Il existe aussi une image parfois associée à la consommation bio : celle d’un mode de vie réservé aux personnes qui en ont les moyens. Bien sûr, le prix est un critère important, mais je pense qu’en prenant le temps de comparer, on réalise que certains produits sont tout à fait accessibles.
Au-delà du prix, consommer bio est aussi un choix en faveur de la planète, de la santé et de la préservation de l’environnement. Avec tout ce que l’on sait aujourd’hui sur les pesticides et leurs conséquences, je trouve que cela vaut vraiment la peine de privilégier le bio, mais aussi de soutenir une agriculture qui respecte ces principes.
J’espère que cette prise de conscience continuera de progresser. Il reste toutefois beaucoup à faire, notamment face à un modèle agroalimentaire où la rentabilité prend souvent le dessus sur les considérations environnementales et sanitaires.
Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite consommer davantage de produits bio ?
Je lui dirais d’abord qu’il vaut mieux consommer bio, parce que ce qu’on a dans l’assiette, on l’a ensuite dans le corps. Et le corps appréciera beaucoup plus des produits sains que des produits dont on ne sait pas ce qu’ils contiennent. Pour soi, sa famille, ses enfants : regardez ce que vous mangez, car cela se développe dans votre corps. C’est lui qui doit l’éliminer, c’est lui qui doit s’en débrouiller. Voilà mon premier conseil.
Il faut aussi éduquer les gens. Je connais une femme à qui j’ai dit d’aller acheter ses légumes dans un certain magasin, qu’ils n’étaient pas plus chers et qu’ils étaient excellents. Elle m’a répondu qu’elle les trouvait moches… Beaucoup de gens pensent que, parce qu’ils ne sont pas toujours calibrés, moins jolis, moins brillants, ils sont moins bons. Il y a vraiment un travail d’éducation à faire.
Ensuite, il y a aussi l’environnement. Si les terres étaient moins traitées, on s’en sortirait mieux sur le plan du climat. Il faudrait aussi que le bio se développe davantage en France et que de plus en plus d’agriculteurs s’y mettent. Mais cela relève de toute une éducation, pour que ça prenne. Les prix se rapprocheraient alors, et les gens préféreraient évidemment des produits non traités.
Mais à quelqu’un qui a une famille, je dirais surtout : mange bio, dans la mesure de tes moyens, pour préserver l’environnement et, surtout, ta santé. Bien sûr, la santé dépend aussi de la chance et des gènes, mais je pense que le bio l’améliore malgré tout.
Merci Hélène.


