Pouvez-vous nous dire quelques mots sur IFOAM Organics Europe ?

IFOAM Organics Europe est la fédération européenne pour l’alimentation et l’agriculture biologiques, luttant pour l’adoption de systèmes écologiquement, socialement et économiquement sains, basés sur les principes de l’agriculture biologique- santé, écologie, équité et soin. Nous représentons près de 200 membres parmi l’Union Européenne (UE) des 27, les pays candidats à l’UE et l’Association Européenne de Libre-échange. Nos membres couvrent l’ensemble de la chaine alimentaire biologique : agriculteurs, processeurs et commerçants, détaillants, agents de certification, consultants et chercheurs aux organismes de défense de l’environnement et des consommateurs.

 

Quel rôle joue IFOAM Organics Europe dans l’application des nouvelles réglementations sur l’agriculture biologique ?

La production bio, l’étiquetage et les contrôles ont été réglementés au niveau de l’UE depuis 1991. Aujourd’hui, les exigences en matière production bio sont fixées par le Règlement (CE) No 834/2007 en y définissant les objectifs, les buts et les principes de l’agriculture bio. Deux règlements d’application (No 889/2008 et No 1235/2008) détaillent les règles de production bio, d’étiquetage, de contrôle et d’importation. Tous les produits étiquetés bio et vendus dans l’UE doivent être produits conformément à ces règlements.

Cet ensemble de règles va bientôt changer. Après un long processus de révision, le nouveau Règlement européen 848/2018 sur l’agriculture biologique a été publié en juin 2018 et sera appliqué à partir du 1er janvier 2022.

Le nouveau Règlement de l’UE sur l’agriculture biologique comporte 23 actes délégués et actes d’exécution, dont certains doivent encore être finalisés. Pour aider les acteurs du mouvement biologique à lire et comprendre le nouveau règlement, IFOAM Organics Europe élabore une interprétation afin de guider nos membres et les acteurs du mouvement bio.

Le guide simplifiera la lecture du règlement en regroupant les zones de contenu, en mettant en lumière les principaux changements par rapport à la règlementation actuelle ainsi qu’en fournissant des recommandations pour l’application des critères flous et/ou des critères sujets à interprétation.

Les objectifs sont les suivants :

  1. Simplifier, pour les opérateurs bio et les autres parties prenantes, la lecture du règlement afin qu’ils ne soient pas obligés de naviguer avec difficulté dans les nombreux actes juridiques et références croisées.
  2. Harmonisation éventuelle des nouvelles règles dans les différents Etats membres et pays tiers, par le biais de recommandations pour la mise en œuvre de certains critères qui pourrait être sujets à différentes interprétations.

Plus d’informations sur le guide suivront dans les semaines à venir. Je peux déjà vous dire que cela sera gratuit pour les membres d’IFOAM Organics Europe !

 

Quelle est votre position sur les Plans Stratégiques de la Politique Agricole Commune (PAC) ?

En juin, nous avons publié notre nouvelle étude « Perspectives & Développements pour la Bio dans les Plans Stratégiques nationaux de la PAC ». Cette étude visualise les efforts que chaque pays doit mettre en place pour atteindre ses objectifs nationaux potentiels en matière de terres biologiques, ce qui contribuerait équitablement à l’objectif moyen de 25% fixé par l’UE.

Selon l’étude, l’Union Européenne devrait dédier 3 à 5 fois le montant actuel du budget de la PAC consacré à la conversion et au maintien de l’agriculture bio, et cela dès 2023. En fonction de leur objectif national potentiel, de leur niveau de référence et de leurs taux de paiement, dans certains cas, les Etats-membres devraient consacrer 10 fois plus de budget national aux mesures de support pour la Bio.

Pour atteindre l’objectif de 25% de terres biologiques et développer davantage le secteur biologique, les Etats membres doivent soutenir l’agriculture biologique dans leurs Plans Stratégiques de la PAC. En tant qu’IFOAM Organics Europe, nous appelons les Etats membres à inclure dans leurs Plans Stratégiques :

  • Une analyse des besoins de production du secteur biologique ainsi qu’un objectif national pour accroitre la part de terres agricoles en gestion biologique.
  • Une rémunération appropriée pour la prestation de biens publics par les agriculteurs biologiques à travers des paiements de conversion et de maintien adéquats, soit par le biais de mesures de développement rural déjà existantes, soit par des programmes écologiques, soit par une combinaison des deux.

Les pays ont des niveaux de référence différents et devraient avoir des objectifs différents. Les Etats membres qui ont déjà 25% ou plus de terres agricoles biologiques devraient également continuer à développer davantage l’agriculture biologique. C’est en accord avec l’appel du Plan européen d’action pour l’agriculture biologique de l’UE à tous les Etats membres pour qu’ils établissent un objectif et un plan stratégique national pour le développement de leur secteur biologique.

La France a actuellement 8,1% de terres agricoles biologiques, en ligne avec la moyenne actuelle de l’UE, et devrait se fixer un objectif de 25%. Notre étude montre qu’il faudrait entre 3,5 et 7,5 fois les dépenses actuelles en agriculture biologique pour atteindre l’objectif de 25% de terres agricoles biologiques. Malheureusement, le projet actuel du Plan Stratégique français n’est pas assez ambitieux et le budget alloué aux mesures environnementales devrait baisser de 11% selon Pour une autre PAC[1]. La décision antérieure du gouvernement français d’arrêter les paiements de maintien n’est pas compensée par le faible niveau de paiement prévu sous les programmes écologiques du projet actuel. De plus, le gouvernement prévoit d’accorder le même niveau de paiement à d’autres labels, comme Haute Valeur Environnementale (HVE), qui offre moins de bénéfices environnementaux. Si la conversion à l’agriculture bio n’offre pas d’avantage comparatif par rapport aux programmes moins ambitieux, les agriculteurs ne recevront pas les incitations appropriées pour se convertir à l’agriculture biologique. Les agriculteurs bio ont besoin d’un soutien public à long-terme qui n’est pas limité à la période de conversion. Les paiements des programmes écologiques devraient être proportionnels aux biens publics délivrés par les agriculteurs. IFOAM Organics Europe appelle le gouvernement français à accroitre son ambition et son soutien au développement de l’ensemble de la chaîne de production biologique. Nous allons également demander à la Commission Européenne d’y prêter une attention particulière lorsqu’elle évaluera les Plans Stratégiques de la PAC des Etats membres.

 

Quelle vision avez-vous des tendances de consommation futures ? Selon vous, les effets de la crise sanitaire se font-ils déjà ressentir ?

La Covid-19 a eu un impact significatif sur la consommation de produits bio. Les supermarchés, les magasins discount et les magasins en libre-service ont enregistré une hausse des ventes dans plusieurs pays, tels que l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne et la Finlande. La demande de produits bio a augmenté, en particulier pour les produits non-périssables comme les pâtes, le riz, les céréales, les aliments en conserve et les haricots. Cette augmentation des ventes a également profité aux détaillants spécialisés en bio.  Cela s’explique en partie par le fait que les citoyens européens passent plus de temps chez eux, leur permettant de réfléchir à leurs choix alimentaires et de cuisiner à la maison, et en partie parce que de nombreuses personnes ont commencé à « acheter en panique ».

Cette hausse de consommation de produits bio pendant la crise sanitaire reflète un phénomène plus large dans la société. Les citoyens européens sont de plus en plus conscients des bénéfices de la production bio. Les raisons pour lesquelles les consommateurs achètent des produits bio vont de la protection de l’environnement, du bien-être animal, des normes de qualité aux problèmes de santé. Dans l’ensemble, le marché bio européen a atteint 45 millions d’euros en 2019, soit une augmentation de 8% par rapport à 2018. En Europe, les consommateurs ont dépensé 56 euros par personne et par an en 2019 et par habitant, les dépenses de consommation en aliments bio ont doublé au cours de la dernière décennie.

L’eurobaromètre spécial 436 évalue les attitudes des Européens à l’égard de la biodiversité. Selon les résultats, au moins 80% des Européens considèrent que les divers effets de la perte de biodiversité sont graves. La pollution et les catastrophes d’origine humaine sont perçues comme les principales menaces à la biodiversité. Presque un citoyen européen sur deux considère l’agriculture intensive, la foresterie intensive et la surpêche comme une menace pour la biodiversité. Cela démontre que les consommateurs sont conscients du lien entre les systèmes de production alimentaire et la biodiversité. La demande croissante des produits bio témoigne de l’intérêt des consommateurs à soutenir un système de production plus durable, qui devrait se poursuivre dans les années à venir. Dans le même temps, l’approche « push-pull » du Plan d’action biologique de la Commission peut stimuler la production et la consommation bio si elle est mise en œuvre avec succès.

 

Comment les acteurs bio européens peuvent-ils rejoindre le mouvement et soutenir votre travail ?

Il existe plusieurs façons de rejoindre notre mouvement et soutenir notre travail. Si vous souhaitez élargir votre réseau, accéder à des informations réservées aux membres, avoir de l’influence et faire une différence, rejoignez-nous et devenez membre.

Pour devenir membre d’IFOAM Organics Europe, une organisation doit :

  • Soutenir notre mission et nos objectifs, ainsi que les principes de l’agriculture bio
  • Être une organisation ou un département d’une institution, une filiale ; et
  • Avoir au moins 3 personnes employées ou personnes actives au sein de l’organisation

Notre adhésion est ouverte à toutes les organisations des pays de l’UE en tant que membres, et aux organisations d’autres pays européens en tant qu’observateurs. Pour plus d’information, jetez un œil sur notre brochure résumant tous les avantages à devenir membre d’IFOAM Organics Europe et consultez la dernière partie de notre formulaire d’adhésion pour en savoir plus sur les types et critères d’adhésion.

Pour en savoir plus sur la façon de soutenir et financer notre travail et/ou nos évènements, consultez notre site internet « Get Involved ».

Vous pouvez aussi nous aider à faire de notre Vision 2030 une réalité en partageant notre initiative qui rend l’Europe plus biologique. Nous capturons les actions stratégiques de divers acteurs et décideurs politiques de l’alimentation et de l’agriculture sur notre site internet « Making it Happen ». Jetez un œil à la variété d’exemples inspirants et pratiques, et présentez votre initiative.

 

Nous vous verrons à Natexpo 2021 du 24 au 26 octobre. Qu’attendez-vous de cette nouvelle édition ?

Une fois de plus, la France a connu la plus forte croissance des ventes au détail de produits bio parmi les pays européens entre 2018 et 2019 selon The World of Organic Agriculture 2021. Son marché d’aliments bio a atteint 11,3 milliards d’euros, se classant en seconde position après l’Allemagne. Cela confirme que la France, une fois de plus, est un joueur clé au sein du secteur bio.

Natexpo offre à ce marché en croissance et aux entreprises qui y opèrent une plateforme d’échange et de développement. En tant qu’IFOAM Organics Europe, nous souhaitons comprendre la structure, les besoins et les tendances du marché bio français et les entreprises qui y opèrent. Nous sommes heureux et désireux d’ouvrir un dialogue avec les entreprises sur les développements politiques et règlementaires qui affectent leurs activités. Un membre de notre équipe visitera Natexpo cette année et se réjouit déjà d’être en liaison avec les exposants, les participants, les membres et les partenaires de l’évènement.

 

[1] Transition agroécologique – BASTA (pouruneautrepac.fr)

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